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New York, New York

Hi...

Je ne t’avais pas vue nue depuis trois ans et demi et je t’ai retrouvée comme si tu ne m’avais jamais quittée. Tu vivais comme si de rien n’était. J’aime savoir que notre lien marche sous la pluie sans prendre l’eau, et que nos visages n’ont pas besoin de se toucher. Qui est la ville, qui est la femme ? Tout se mélange. Je suis la ville, tu es la femme, je suis la femme qui parcoure tes rues, de mon point de vue, nous ne faisons qu’un.


Le pain quotidien

J’ai vu une famille malheureuse d’être ensemble. J’ai assisté à une scène banale que je classe immédiatement dans le tiroir des couleurs à ne pas vivre. Lui est fatigué. Elle aussi. Lui a envie d’être ailleurs. Pas elle donc ça la blesse. Ils ont (elle a) trois enfants dont un qui prend la place des autres et dont on n’aimerait pas être la mère. Elle et lui semblent s’aimer quand même en sachant déjà que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il y a quelque chose d’acquis dans leurs échanges. Ils osent. Il osera partir aussi. C’est drôle, mais c’est lui qui me touche. Pas elle. Ni les deux enfants effacés par le troisième... Qu’ils se démerdent après tout. Qu’ils l’assomment !

C’est l’homme qui me fait de la peine car je mets ma main à couper qu’il serait mieux ailleurs. Comme des gens pris dans des histoires qui ne les concernent pas. Ili serait plus heureux loin de ce bazar. Il mange ses tartines sans conviction, sans appétit pour la suite. Il n’est que 8H, avant qu’il puisse rêver à autre chose il se passera des heures. Il met plein de miel dans son yogourt. Il adoucit l’instant. Il sera moins acide et il tiendra jusqu’au soir. Il aime la femme qui est à côté de lui mais il ne la veut pas. Ça arrive à plein de gens. On aime mais ça n’est pas pour autant qu’on valide. ll y a tant d’amours invalidés.

Il y a tant de familles de cinq personnes qui voudraient d’un coup n’être plus qu’un. Qu’y a-t-il de plus décevant que de s’être fait beau, de s’être habillé, d’avoir gagné de l’argent et pris des billets pour New York, d’avoir eu le désir d’être heureux, de l’avoir projeté, et d’en conclure, après avoir commandé ce qu’il y a de plus appétissant sur la carte, qu’on a mal au ventre et la gorge nouée. C’est à cette seconde qu’il nous faut être sage.


Homemade peanut butter cookies

C’est toujours tragique d’assister à une rupture de loin. Même quand ça a lieu dans un bar où l’atmosphère entière est emprunte de bienveillance. Cette fois, c’est elle qui touche. C’est elle que je plains. Elle semble perdre un bonheur sûr avec quelqu’un de sûr. C’est comme affronter la mort en plein vol.


149th street

Hey ! Dis-moi ce que tu cherches. Pourquoi tu craches. Ça ne m’étonne pas que tu sois en colère. La neige sur les trottoirs et le ciel bleu, ça ne suffit pas. Le 30 octobre, c’est du jamais vu.

— Arrête de me prendre en photo. — Je ne t’ai pas pris, j’ai pris la rue et j’ai pris l’église. — J’t’ai vue. Fais voir les photos. — (...) — Back ! — (...) — Back ! — (...) — Back. — (...) — Ok. I apologize.

— "Tout seul, c’est moins de headhaches ", dit-il en me servant un jus de légumes verts et une soupe de lentilles.


Contraire

Il lui répétait sans cesse "je ne te quitterai jamais" et pendant qu’il disait cela, il était tellement triste.

— Je ferais n’importe quoi pour toi. — Je n’ai aucune envie qu’on fasse n’importe quoi. Même pour moi. Reste simple. Tout est déjà assez compliqué comme ça.


St Nicholas

Ça chante le dimanche à Harlem. Dans une église de la 100e rue, ça joue et ça chante comme sur les vinyls de Motown qu’on garde chez soi quasiment sous scellé. Je ne vois pas, mais ça traverse les murs. J’entends des voix qui touchent le ciel. Je pense à toi.


Mêmes

Sur ma table, il y a les mêmes deux fleurs qu’hier. La même bougie, aussi. Les fleurs ont séché, la bougie a baissé. Le bois a recueilli tous les mots, toutes les mains. A présent, elle les garde pour elle et attend les miens.


Ma vie privée

Ma vie privée de quoi ?


Pensées comme ça

Il faut s’occuper de soi pour ne pas parler que de soi. Les gens qui ne prennent aucun temps pour eux en prennent aux autres.

Au bout d’un moment, c’est comme si on avait toujours été là. C’est vrai quand on aime (un homme, une femme, une ville, une maison, un emploi).

Le pont en fer rose de Williamsburg, les meilleurs bagels de Brooklyn, le tag qui m’a fait revenir : "Life is beautiful, and so you are".


Harlem

Ça rape dans la rue à coup d’oreillettes, on en croise des voix graves qui groovent mieux que le beat qui fuse par les fenêtres. Ils marchent comme ils dansent. Ils marchent dans les mots qu’ils découpent, dans les mots auxquels ils pensent. Nuit et jour.

Tous ceux que je croise vont à l’épicerie du coin. Leur monde est dense. On entend les limites, et la consistance. Ce son vient de loin, c’est lourd et ça compte. Je passais par là. J’ai de la chance, je ne me sens pas de taille. Peu importe les faits. Ce qui compte, c’est la consistance. Peu importe l’effet, ce qui compte c’est la cause. A cause de toi, je me sens petite et je me sens vivante.


Bronx

Quatre kilomètres depuis Pelham Bay et je m’arrête au hasard. Je bois deux thés au lait, j’avale un bagel au sésame beurré, le cul vissé sur le tabouret haut d’une coffee shop. Une mexicaine de 35 ans enceinte de son cinquième enfant, avec une des ces voix directes et claires, grave comme je les aime, raccroche son téléphone et me parle de la réponse qu’elle attend pour un appartement. Pendant ce temps-là, son mari me sert dans un gobelet en polystyrène. — You want some sugar ? Elle rayonne comme les femmes qui choisi d’être heureuses. Elle dit que ce sera le dernier, parce qu’elle a déjà du mal avec les quatre autres. Mais en même temps, elle sourit. L’endroit ne paie pas de mine. On est deux au minuscule bar, personne dans la salle et la télé sans le son. C’est là qu’il fallait que je m’arrête. Je lui souris, je dois partir. — See you soon I hope baby. Do you work here ? — No, I’m just walking around. — Ok. Take care baby... — Thanks ! You too.


Sirène

Tu n’as pas froid aux yeux, tu ne crains pas le bruit, pas la vie ; tu en disposes. Tu ne te caches pas, tu te dis que les autres prendront le pli. Tu ne simules rien, tu te prends pour la grande et la belle, tu es grande et tu es belle et ton regard le sait. J’aime quand tu me regardes. J’aime qu’on inverse les rôles. As-tu vu mes longues artères, as-tu vu mes lumières, as-tu vu mon génie et mes fantaisies ? Serais-tu capable de dire la couleur de mes yeux ? Tes yeux sont rouge orange. Tes yeux sont citrouille. Halloween défile dans tes rues. As-tu vu mes longues jambes et mon cou de building ? As-tu vu mes oreilles en Steinway et mon nez de trompette bouchée ? Sais-tu que tes murs font danser les anges qui refaisaient le monde à l’intérieur de moi ? Imagines-tu que grâce à toi je me sens belle et grande, avec des cheveux longs et une queue de poisson ? J’entends une sirène.


Que la fête commence

Veux-tu poser pour moi ? Comme ça. Contre rien. Comme si la beauté appartenait à tout le monde. Veux-tu bien t’allonger, sur le côté, de dos, les bras croisés sur ta poitrine ? Que je plante ma plume au creux de ta hanche et que je plonge. Que je plaque mon visage contre ta vitre et que je nage. Que je me balade le long de ta colonne, et que je chante sur Broadway.


Comme moi

J’aspire avec une paille le sirop sans une goutte d’eau. Je boirai l’eau à part. Je m’écœure et je répare. Je m’éprends et je repars. Je colle et je lave. Je sèche et j’arrose. je sucre et je délaye. Je salis et je balaye. Au milieu je ne sens rien. Je murmure des mots que l’on n’entend pas. Je ne sers à rien. Je préfère mourir de froid que de t’attendre sous l’eau tiède. Tu me ressembles. Tu as la tête de celles qu’on entend rire d’une pièce à l’autre. Je te serre fort.


88

Lui et son piano au milieu des badauds et de nulle part. Devant l’aigle au centre de l’arc. Son Ave Maria lui file entre les doigts, lui qui touche à mes larmes sans larmes, lui qui tient les armes controversées de la transparence, sa vérité mise à nue, sa musique évidente insolente. Un tatouage à chaque doigt en guise d’alliance. Toi et ton Yamaha sur roulettes, toi et ton queue noir, assis sur presque rien, un seau retourné, éclaboussé de peinture anis, toi face à ton ivoire, et la foule qui vient voir, prendre l’image. Je suis le badaud qui jette cinq dollars dans l’autre seau, posé à l’endroit, éclaboussé de peinture blanche. Les mêmes qui ont repeint ta chambre. Et ton piano, rentre-t-il dormir chaque soir ? Ta raconte-t-il comme il était fier mais comme il a eu froid ? Te remercie-t-il de l’avoir, les mains gelées, traité comme un roi ?

Tu ne parles à personne, tu dévales les lignes apprises par cœur et mieux que ça, tu déboules dans les graves et c’est sombre sous un soleil hypnotisé, sous un ciel sans faille, par un froid de canard. Je suis le badaud qui t’écoute les mains dans les moufles et les moufles au fond des poches.

Je te regarde comme tu es. Ton sac à dos noir aux pieds, tes baskets noires et ton jean retourné, ta veste noire ouverte, au bout des manches tes doigts tatoués, tes cheveux roux et courts, ton amour.

Ai-je rêvé ? As-tu donné un concert à ciel ouvert sur Washington Square, devant la fontaine qui jaillit, sur les pavés en pierre gris, as-tu joué, ai-je rêvé ?

It’s the last one, Guys ! I have to take a break.


Chinatown

Tu chines, tu te déchaînes ? Je chourre ce que je peux, je ramène tout ce qui brille, je ne vole pas, je m’envole pas à pas, je tire quand tu me tends, je rends, tu vends, j’achète, c’est mon tour de manège, je me dois bien ça. Je vire, je me retourne, je me rends, je veux tout. Je ne mange rien. Je n’ai pas vu. J’ai tout vu. Je suis remplie. Je me replie, je recule et je te calcule. J’additionne les biens que tu m’as donnés. Il y a des maux qui comptent pour du beurre. Un chauffeur en colère et j’ai eu peur, il a menti le taxi et j’ai eu peur. Je compte à rebours le bien que tu m’as fait, la coupe est pleine, je te rendrai peut-être un dixième, on verra. Je verrai.


Belle Katell

Ils parlent fort et sont heureux. Ils semblent penser que rien ne manque et que l’autre est à sa place. Une bougie les sépare. Une bougie les relie. Ils se parlent à travers et par-dessus, cette fois c’est elle qui tient la chandelle. La musique les entend : Chris Whitley, Nike Drake, puis d’autres qui ressemblent à Katell Keineg, à Rickie Lee Jones. La jolie musique les attend. Ils s’emportent, il se fichent du temps. Ils continuent de sourire, ils mangent très bien. Ils ont l’appétit de ceux qui ont de l’espoir. Ils croient que tout va bien. Ils veulent des enfants. Ils n’en parlent pas pour se faire la surprise. Ils n’en parlent pas de peur qu’il n’en veuille pas. Il en aura. Si elle n’en parle pas.


Pluie

Il avait plu, nous avions froid. Moi et mes pieds et mes chaussettes mouillées.

Je t’ai plu mais tu ne me plais pas. Moi et mon cul tu ne nous plais plus. (Toi et ton T-shirt trop large et tes grimaces barbues tu ne nous plais plus.)


Si t’y

New York si t’y penses
New York si t’y vas
New York si t’y passes
New York si t’y ris
New York si t’y restes
New York City.

8:00 pm

Tout est pris. À tout prix. Les gens se l’arrachent. Les portes sont rouges, elles ouvrent pile. Les gens veulent entendre alors ils attendent. Même dehors. Ils font la queue en rang deux par deux et tentent leur chance. Il n’y a plus de place pour personne mais ils attendent, même ils n’attendent que ça. Kenny Barron qui frappe sous ses doigts, tout ce qu’il touche ça m’émeut, ça m’impressionne, ça s’imprime en haut de mon crâne, je crâne car je suis fière.

Je suis au bar et qu’est-ce que, parfois, il fait bon attendre. Les notes vont vite, elles se cognent. La contrebasse est au galop, au moins au galop. La batterie est connue, elle a joué avec Monk et beaucoup d’autres, alors il est fier, Kenny. Ça se voit qu’il l’aime.— Johnathan Blake at drums...

À cause des rideaux rouges, du rouge et du velours, on a envie de boire un verre. Je bois par affinité. Comme d’autres gloutonnent des bonbons roses à Time Square. La contrebasse chante maintenant. Elle marche et elle chante. C’est doux comme on l’enveloppe, comme on l’abrite pour qu’elle chante encore. Kenny nous dit qu’il est tombé amoureux de Sonia je ne sais quoi, qu’il a vue jouer dans je ne sais quels films ; il raconte qu’elle est entrée dans le bar au milieu d’un morceau qu’il avait composé pour elle et qui portait son nom ; c’est une incroyable histoire, mais j’y crois. Les gens rient.

Le solo de piano est doux, il ronronne comme un chat, il est comme quand on ne veut pas faire de bruit de peur de réveiller la lune. Puis, il joue vraiment seul, un stride élégant comme une main qui écoute l’autre, et l’autre lui raconte tout ce dont elle se souvient, plus tout ce qu’elle invente. Elles s’entendent à merveille. On dirait un vieux couple avec un cœur sans rides.

Derrière le saxophone, il y a des dread, des lunettes rondes et une barbe rousse. Le jeune homme raconte une autre histoire, une qui fonce pour franchir la ligne d’arrivée en premier, on a tout compris quand même.

On comprend bien qu’ils se répondent et qu’ils sourient parce qu’ils sont d’accord.

Skylark et puis s’en vont. Skylark annonce la fin du bal. Les notes sont claires, on voit bien qu’ils ne nous lâcheront pas en ayant dit des mots en l’air, on saura pourquoi on était là. On s’en souviendra. C’est important les raisons d’être.


Beer and mussels

Tiens, tu neiges ! Fort et blanc. Tes flocons sont à l’horizontal tant il y a du vent. Je ne sors pas. Je suis coincée à Doma. Je n’ai pas dormi depuis 41 heures, j’ai passé la nuit à écouter le bruit du frigo, la machinerie de l’ascenseur, le fond des voitures, les pas, les ronflements, l’heure. Je venais de marcher longtemps, j’avais mangé mais peu, tout était réuni pour se laisser facilement emporter, voler, lâcher prise. J’ai tenu bon à je ne sais quoi. Des chiffres dans ma tête, des zéros, des moutons, des dates, des gens, tout est passé. Je n’aime plus attendre dans le noir, je l’ai trop fait ; ça ne me fait plus rien de bien. Je mesure ma patience, je prédis mes douleurs, je pèse mon crâne, je ne fais pas de bruit, je privilégie le vide, j’attends. Comme un hommage à l’espèce de calme. S’il savait comme je le trouve bruyant. Comme je fais semblant de me fondre, tandis que le moindre bruit m’attaque sans ménagement. Pas d’excuse.

Bien, il neige toujours mais dans l’autre sens. Le vent a tourné. Je reste coincée. Je n’ai pas perdu de temps jusqu’à présent. J’ai tout rempli jusqu’à raz-bord. J’ai froid, mais si je bougeais ce serait pire. Je suis assise dans ce café de Greenwich depuis le petit déjeuner (une frittata aux épinards et champignons, deux baggle au sésame et trois thés au lait). Il fera bientôt nuit.


Qui es-tu ?

Libre, rouge, entier, concentré, silencieux, insolent.
Généreux, impatient, secret, courageux, pudique, anguleux.
Conscient, égoïste, bavard, optimiste, orgueilleux, perfectionniste, franc.
Reconnaissant, rond, rugueux.
Puissant, dévoué, endurant, rancunier, performant, assidu, obstiné, têtu.
Qui es-tu ?

PS

Quand j’avais 10 ans, ma mère est partie à New York. Elle nous avait rapporté des roller-skates et un walkman. Ce sont probablement les cadeaux qui m’ont le plus marquée.


Jeu

J’aime être seule dans une grande ville. Ça donne le sentiment d’être au centre d’une chance. Ça donne le droit de profiter de tout sans penser à partager. On peut être égoïste et joyeux. C’est une expérience particulière car il est plus légitime d’être heureux à plusieurs. Le fantôme de la culpabilité est mis dehors, et rien n’est gâché. Je me sens seule et je me sens bien.


1er novembre

Je t’aime d’être aussi virulente. La liberté qu’on prend est moins belle que celle que l’on donne. Je me remplis de tes irrégularités, de tes contradictions et de tes humeurs. Je me réjouis de tes avances. Je m’enivre de ton talent et de ta permission. C’est jute un bout de chemin ensemble. Sans parti-pris, sans engagement. Je profite. Je prends. Je rendrai à quelqu’un d’autre. Je t’emmènerai ailleurs. Ça tournera. Basta.


C.C.

Je peux t’attendre deux heures sur un trottoir. Deux heures à ne rien faire. Juste à imaginer que ça vaut le coup. Ça me paraît excessif, et, à la fois, le temps passerait autrement. C’est long quand on imagine qu’on aurait mieux à faire. (Je n’ai rien de mieux à faire aujourd’hui sur cette terre que de t’attendre. Je ne m’adresse pas directement à toi, sinon je dirais vous. Je m’adresse à ta musique.) J’anticipe sur mon plaisir à t’entendre. Je mise sur la force qui me restera.

Chick Corea fête ses 70 ans et ça dure trois semaines. Lenny White et Stanley Clarke se mettent en quatre pour lui rendre hommage de son vivant. Il n’y a pas de plus beau métier que jazzman. Ce sont pire que des magiciens. Il faut en avoir du courage et des couilles. Ça n’est pas donné à tout le monde. (Les femmes ont du courage mais elles n’ont pas de couilles.)


L’improviste

Paris et ton cirque toi aussi. Paris et ton jazz toi aussi. Tes gens. Ta télé. J’ai remis les pieds dans ton cercle. J’ai tourné ma clé dans la serrure, j’ai trié le courrier des huit jours et tout a recommencé.

Quand on part, après il faut revenir et tout retrouver. On réintègre la boucle, on redevient le maillon, on est à la chaîne. On est dans la queue. Partir c’est couper le fil. On dit "filer". Partir, c’est inonder le temps avec de l’inconnu. C’est ranger les jeux de logique, les passe-temps, les trompe-l’œil, c’est s’immerger, se déshabiller pour sentir l’eau, c’est plier en quatre sa musique habituelle et voler.

J’aurais pu choisir de ne rien changer. Je reviens de loin. Ça ne sert à rien sauf à changer des images, à nourrir ce qui a faim à l’intérieur. J’ai un gros ventre, maintenant.